Des scellés de la police sur un garage où deux femmes dont une magistrate ont été séquestrées, à Bourg-lès-Valence, le 6 février 2026 dans la Drôme ( AFP / Alex MARTIN )
Une magistrate grenobloise et sa mère, séquestrée pendant une trentaine d'heures pour une demande de rançon en cryptomonnaies, ont été retrouvées blessées vendredi matin dans un garage de la Drôme, après avoir réussi à appeler à l'aide.
Jeudi, "à 2h50, une femme âgée de 35 ans, qui exerce une profession de magistrat à Grenoble, a été enlevée à son domicile avec sa mère de 67 ans", a déclaré le procureur de Lyon Thierry Dran lors d'une conférence de presse.
Son compagnon "associé dans une start-up qui a des activités de cryptomonnaie", était absent lors du rapt à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble, a-t-il précisé.
Mais dès jeudi matin, vers 09H30, "il avisait la police qu'il avait reçu un message, ainsi qu'une photo de sa compagne, émanant des ravisseurs lui demandant le versement d'une rançon en cryptomonnaies, et menaçant de mutilations les victimes si cette rançon n'était pas rapidement versée", selon M. Dran, qui a refusé de préciser le montant demandé.
Un important dispositif policier, comptant 160 agents de différents services, a alors été mobilisé dans le cadre d'une enquête pour enlèvement et séquestration en bande organisée, supervisée par la juridiction interrégionale spécialisée contre la criminalité organisée (Jirs) de Lyon.
"Les enquêteurs ont engagé une véritable course contre la montre" car dans ce type de dossier "c'est une affaire de seconde et nous avions la charge de retrouver les victimes saines et sauves", a ajouté à ses côtés Béatrice Brun, directrice zonale de la police nationale Sud-Est.
- "Courage" -
Mais les deux femmes ont finalement réussi à se défaire de leurs liens pour donner l'alerte par leurs propres moyens, et ont été retrouvées vendredi matin à Bourg-les-Valence, sans qu'"aucune rançon" ne soit versée, d'après le procureur.
"Elles ont pu profiter de l'absence de leurs ravisseurs pour se détacher, pour appeler de l'aide, notamment en tapant fortement contre la porte du garage", où elles étaient séquestrées, a-t-il expliqué, en saluant leur "courage".
Des scellés de la police sur un garage où ont été séquestrées deux femmes, dont une magistrate, à Bourg-lès-Valence, le 6 février 2026 dans la Drôme ( AFP / Alex MARTIN )
"Alerté par le bruit, un voisin est alors intervenu. Il a pu ouvrir la porte et ainsi permettre à nos deux victimes de s'échapper", selon son récit.
Ce grand-père qui allait conduire sa petite-fille à l'école a raconté à l'AFP avoir entendu un gros bruit: "elles tapaient, elles criaient, j'ai ouvert la porte et les femmes sont sorties dehors". "Je suis content de les avoir fait sortir vivantes !", a-t-il ajouté, sous couvert d'anonymat.
La mère et la fille, qui souffrent d'hématomes, se sont réfugiées dans un laboratoire d'analyse médicale située à proximité et ont été prises en charge par les secours, selon une source proche du dossier.
Elles ont été transportées à l'hôpital, la magistrate souffrant notamment de blessures à la tête, avec des plaies au cuir chevelu, a précisé Thierry Dran en expliquant qu'à ce stade, elles se sont vues prescrire 15 jours d'ITT pour la fille, deux pour la mère.
- "Sous le choc" -
Aucune interpellation n'a eu lieu à ce stade. "Les enquêteurs continuent à mettre en oeuvre tous les moyens pour d'abord identifier et ensuite interpeller les auteurs" mais les victimes n'ont pas encore pu être entendues, selon lui.
"On est un peu sous le choc", a commenté Marlène Mourier, maire LR de Bourg-lès-Valence, une commune de près de 20.000 habitants limitrophe de Valence. Cela confirme que les affaires de cryptomonnaies "touchent n'importe quelle ville", a-t-elle ajouté.
Des scellés de la police sur la porte d'un garage où ont été séquestrées deux femmes, dont une magistrate, à Bourg-lès-Valence, le 6 février 2026 dans la Drôme ( AFP / Alex MARTIN )
Fin août, un ressortissant suisse avait déjà été libéré près de la gare de Valence, dans un raid mené par le GIGN, unité d'élite de la gendarmerie, quatre jours après son enlèvement. Sept suspects, dont un mineur de 17 ans, ont ensuite été mis en examen et écroués.
Les enlèvements, parfois spectaculaires, contre demande de rançon ou vol de cryptomonnaies se sont multipliés en 2025, parallèlement à la popularité de ces actifs.
En janvier, un homme de 74 ans avait encore été enlevé à Voiron, en Isère, pour une demande de rançon en cryptomonnaies à son fils. Il avait été libéré et trois personnes, soupçonnées d'avoir participé à la séquestration, ont été mises en examen.

5 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer